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Achat immobilier à deux en Suisse : faut-il choisir les acquêts ou la séparation de biens ?

  • Photo du rédacteur: Yoan ENDRES
    Yoan ENDRES
  • 27 juin
  • 9 min de lecture

Acheter un bien immobilier à deux est souvent l’un des projets les plus importants d’une vie. Qu’il s’agisse d’un premier appartement, d’une maison familiale ou d’un investissement patrimonial, cette étape est généralement synonyme d’enthousiasme, de confiance et de projets d’avenir.


Pourtant, au moment de signer, la majorité des acquéreurs concentrent leur attention sur le financement, le taux hypothécaire, l’emplacement du bien, les frais d’achat ou encore les travaux à prévoir. Ces éléments sont bien entendu essentiels. Mais une question tout aussi importante est souvent reléguée au second plan : comment ce bien sera-t-il détenu juridiquement et financièrement entre les deux acquéreurs ?

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Cette réflexion peut sembler prématurée lorsque tout va bien. Pourtant, c’est précisément lorsque la situation est sereine qu’il est le plus facile de mettre en place des règles claires, équilibrées et acceptées par chacun. Un achat immobilier engage souvent les acquéreurs pour de nombreuses années. Il implique des fonds propres, une dette hypothécaire, des travaux, des amortissements, des investissements futurs et parfois aussi des héritages ou des donations familiales. Il est donc indispensable de savoir, dès le départ, qui apporte quoi, qui détient quelle part, et comment les choses seront traitées en cas de séparation, de divorce, de décès ou de revente.


Une question souvent oubliée : la différence entre acheter ensemble et être protégés juridiquement


Beaucoup de couples pensent qu’acheter ensemble suffit à régler automatiquement les questions de propriété. En réalité, la situation est plus nuancée. Il faut distinguer plusieurs éléments : l’inscription au registre foncier, les quotes-parts de propriété, le financement bancaire, les fonds propres investis par chacun et, pour les couples mariés, le régime matrimonial.


Deux personnes peuvent acheter un bien à parts égales, par exemple 50 % chacune. Mais cela ne signifie pas forcément que leurs apports financiers ont été identiques. L’un peut avoir investi davantage de fonds propres, l’autre peut assumer une part plus importante des charges mensuelles, ou encore une partie du prix peut provenir d’un héritage familial. Sans clarification écrite, ces différences peuvent devenir sources de tensions plusieurs années plus tard.


Dans mon activité de courtier immobilier, je constate régulièrement que ces questions sont abordées trop tard. Au moment de l’achat, les acquéreurs veulent avancer rapidement, obtenir leur financement et signer chez le notaire. Les discussions sur les apports, les investissements futurs ou les conséquences d’une éventuelle séparation sont parfois évitées, car elles paraissent délicates ou peu romantiques. Pourtant, ces sujets ne remettent pas en cause la confiance entre les partenaires. Au contraire, ils permettent de construire le projet sur des bases solides.


Participation aux acquêts : le régime habituel, mais pas toujours le plus adapté

En Suisse, lorsqu’un couple marié ne signe pas de contrat de mariage particulier, le régime ordinaire est généralement celui de la participation aux acquêts. Ce régime fonctionne bien dans de nombreuses situations, notamment lorsque le couple construit son patrimoine progressivement et de manière relativement équilibrée pendant le mariage.


Dans les grandes lignes, chacun conserve ses biens propres, comme les biens possédés avant le mariage, les donations ou les héritages reçus personnellement. En revanche, les économies et valeurs constituées pendant le mariage grâce aux revenus du couple peuvent être prises en compte dans les acquêts. Lors d’une liquidation du régime matrimonial, notamment en cas de divorce ou de décès, les acquêts sont en principe partagés.


Ce système repose sur une logique de solidarité conjugale. Il peut être très pertinent lorsqu’un conjoint travaille davantage à l’extérieur pendant que l’autre réduit son activité professionnelle pour s’occuper du foyer ou des enfants. Dans ce cas, le partage des acquêts permet de reconnaître indirectement la contribution non financière du conjoint qui a investi du temps dans la famille.


Toutefois, dans le cadre d’un achat immobilier, la participation aux acquêts peut parfois manquer de clarté pratique. Elle peut entraîner des discussions complexes lorsqu’il faut déterminer, plusieurs années plus tard, quelle part du bien provient de fonds propres, quelle part provient d’acquêts, comment traiter une plus-value, comment tenir compte des travaux payés par l’un ou par l’autre, ou encore comment répartir le produit d’une vente.


Le problème n’est pas que la participation aux acquêts soit un mauvais régime. Le problème est qu’elle n’est pas toujours la solution la plus lisible lorsque les apports sont très différents, lorsqu’un héritage est investi dans le bien ou lorsque chacun souhaite garder une autonomie patrimoniale claire.


Pourquoi la séparation de biens peut être plus adaptée dans un achat immobilier

La séparation de biens est souvent mal comprise. Elle est parfois perçue comme une marque de défiance, comme si l’un des partenaires voulait se protéger contre l’autre. Cette vision est réductrice. Dans de nombreuses situations, la séparation de biens est simplement un outil de transparence, de prévoyance et d’organisation patrimoniale.


Sous le régime de la séparation de biens, chacun conserve son patrimoine séparé. Il n’y a pas de mise en commun automatique des biens ni de partage des acquêts à la fin du régime. Cela ne signifie pas qu’un couple ne peut pas acheter ensemble. Au contraire, deux conjoints mariés sous séparation de biens peuvent parfaitement acquérir un bien en copropriété, avec des quotes-parts clairement définies, par exemple 50/50, 60/40 ou selon une autre répartition correspondant à leurs apports respectifs.


L’avantage principal est la lisibilité. Chacun sait ce qu’il possède. Chacun peut documenter ce qu’il a investi. Les fonds propres, les héritages, les donations, les remboursements ou les travaux peuvent être mieux identifiés. En cas de revente, de séparation ou de décès, il est souvent plus simple de comprendre la logique patrimoniale retenue au départ.


La séparation de biens peut donc être meilleure que la participation aux acquêts lorsque l’objectif est de préserver une distinction claire entre les patrimoines respectifs. Elle est particulièrement pertinente lorsque les situations financières des partenaires ne sont pas identiques.


Des apports financiers différents : éviter les malentendus dès le départ

Prenons un exemple fréquent. Un couple achète une maison pour CHF 900’000.–. L’un des partenaires apporte CHF 200’000.– de fonds propres provenant de ses économies ou d’un héritage familial. L’autre apporte CHF 50’000.–. Tous deux souhaitent acheter ensemble et vivre dans le bien, mais leurs contributions initiales sont très différentes.


Dans ce type de situation, la question suivante doit être posée avant la signature : le bien doit-il être détenu à parts égales ou selon les apports réels ? Si le bien est inscrit à 50/50 alors que les apports sont très inégaux, cela peut être voulu et parfaitement assumé. Mais cela doit être compris par les deux parties. À l’inverse, si l’objectif est de respecter les contributions financières réelles, il peut être préférable de prévoir des quotes-parts différentes ou une reconnaissance de dette entre partenaires.


La séparation de biens facilite cette réflexion, car elle oblige à regarder la situation avec précision. Elle permet d’éviter les phrases floues comme « on verra plus tard » ou « ce n’est pas important entre nous ». Or, en immobilier, ce qui n’est pas clarifié au départ devient souvent problématique par la suite.


Héritage, donation familiale et achat immobilier : un point sensible

La séparation de biens est également très utile lorsqu’un héritage ou une donation familiale est investi dans l’acquisition. Beaucoup de parents aident leurs enfants à acheter un logement. Il peut s’agir d’une avance d’hoirie, d’une donation ou d’un prêt familial. Lorsque cet argent est injecté dans un bien commun sans cadre précis, il peut devenir difficile, plusieurs années plus tard, de déterminer comment il doit être traité.

Est-ce un apport personnel ? Une donation au couple ? Un prêt à rembourser ? Une avance successorale ? Une somme qui doit revenir prioritairement à celui qui l’a reçue ? Ces questions sont délicates, notamment en cas de séparation ou en présence d’autres héritiers.


Dans ces situations, la séparation de biens offre souvent une meilleure protection psychologique et patrimoniale. Elle permet de respecter l’origine des fonds et d’éviter que l’argent transmis par une famille ne soit considéré, dans les faits, comme un apport indistinct dans le patrimoine commun du couple. Cela ne remplace pas un acte clair ou une convention, mais cela s’inscrit dans une logique de transparence.


Familles recomposées : protéger l’équilibre entre conjoint et enfants

La séparation de biens peut aussi être particulièrement pertinente dans les familles recomposées. Lorsqu’un ou les deux partenaires ont des enfants issus d’une précédente union, les conséquences patrimoniales d’un achat immobilier doivent être analysées avec attention.


L’objectif n’est pas d’opposer le conjoint aux enfants, mais de prévoir un équilibre juste. Qui doit bénéficier du bien en cas de décès ? Quelle part revient au conjoint survivant ? Quelle part revient aux enfants ? Comment éviter qu’un enfant d’une précédente union ait le sentiment que le patrimoine familial a été dilué ou mal organisé ?


Dans ces situations, la séparation de biens peut permettre une lecture plus claire du patrimoine de chacun. Elle peut aussi faciliter la discussion avec le notaire sur les dispositions successorales, le testament, le pacte successoral éventuel, l’usufruit, le droit d’habitation ou les modalités de rachat de parts. Elle ne règle pas tout à elle seule, mais elle constitue souvent une base plus simple et plus transparente que la participation aux acquêts.


Indépendance financière et protection du patrimoine personnel

Certains couples souhaitent simplement préserver leur indépendance financière tout en réalisant un projet commun. Cela peut être le cas lorsque chacun possède déjà un patrimoine avant le mariage, lorsqu’un conjoint est indépendant ou entrepreneur, ou lorsque les deux partenaires ont des philosophies de gestion différentes.


La séparation de biens permet à chacun de conserver une autonomie patrimoniale. Elle clarifie la propriété des biens, limite les confusions entre les patrimoines et peut simplifier les choses en cas de changement de situation personnelle ou professionnelle.

Dans un achat immobilier, cette indépendance n’empêche pas la solidarité du couple. Les partenaires peuvent très bien décider de vivre ensemble, de partager les charges, de financer des travaux ensemble ou d’acquérir un bien commun. La différence est que les règles du jeu sont posées plus clairement.


Pourquoi cela peut être mieux que la participation aux acquêts

La séparation de biens peut être préférable à la participation aux acquêts dans un achat immobilier pour une raison principale : elle réduit les zones grises.


Avec la participation aux acquêts, la situation peut paraître simple pendant le mariage, mais devenir plus complexe au moment de la liquidation. Il faut alors analyser l’origine des fonds, distinguer les biens propres des acquêts, tenir compte des investissements réalisés, des plus-values, des remboursements hypothécaires et parfois de plusieurs années de mouvements financiers.


Avec la séparation de biens, l’approche est plus directe. Chacun reste propriétaire de son patrimoine. Ce qui est détenu ensemble peut être organisé clairement par les quotes-parts inscrites au registre foncier et, si nécessaire, par des conventions complémentaires. Cela permet de mieux aligner la situation juridique avec la réalité économique de l’achat.

En d’autres termes, la séparation de biens est souvent mieux adaptée lorsque l’on veut que le droit reflète précisément les contributions de chacun. Elle permet de répondre plus clairement aux questions suivantes : qui a financé quoi ? Qui possède quelle part ? Que se passe-t-il en cas de revente ? Comment répartir une éventuelle plus-value ? Comment traiter les travaux payés par l’un des partenaires ? Que devient l’apport provenant d’un héritage ?


Cette clarté est précieuse, car les litiges immobiliers ne naissent pas toujours d’un désaccord sur le principe. Ils naissent souvent d’un manque de documentation.


Attention : la séparation de biens n’est pas toujours la meilleure solution

Il serait toutefois faux de dire que la séparation de biens est toujours supérieure à la participation aux acquêts. Elle est plus adaptée dans certaines situations, mais pas dans toutes.


Lorsque l’un des conjoints réduit fortement son activité professionnelle pour s’occuper des enfants ou du foyer, la participation aux acquêts peut offrir une meilleure reconnaissance de cette contribution. La séparation de biens peut, dans certains cas, désavantager le conjoint qui gagne moins ou qui n’a pas pu constituer de patrimoine personnel pendant le mariage.


C’est pourquoi le choix du régime matrimonial ne doit pas être fait uniquement sous l’angle de la protection individuelle. Il doit aussi tenir compte de l’équilibre du couple, du projet familial, des revenus de chacun, de la répartition des tâches et des objectifs successoraux.


La bonne question n’est donc pas : « quel régime est le meilleur dans l’absolu ? » La vraie question est : quel régime correspond le mieux à notre situation, à nos apports, à notre projet immobilier et à notre vision patrimoniale ?

Conclusion


La séparation de biens n’est pas une solution froide ou méfiante. Dans de nombreux projets immobiliers, elle constitue au contraire un outil moderne, clair et équilibré. Elle permet de respecter les apports de chacun, de protéger les héritages ou donations, de mieux organiser les familles recomposées et de limiter les conflits potentiels en cas de changement de situation.


Elle peut être meilleure que la participation aux acquêts lorsque les patrimoines sont différents, lorsque l’achat est financé de manière inégale ou lorsque les acquéreurs souhaitent une indépendance patrimoniale claire.


Avant d’acheter à deux, il est donc essentiel de ne pas se limiter au prix, au taux hypothécaire et au coup de cœur pour le bien. La manière dont le bien sera détenu juridiquement peut avoir des conséquences importantes pendant de nombreuses années.


Quelques heures de réflexion avant la signature peuvent éviter beaucoup d’incertitudes par la suite.


Un achat immobilier réussi ne repose pas seulement sur un bon bien et un bon financement. Il repose aussi sur des bases juridiques claires, comprises et acceptées par toutes les parties.


« Cet avis reflète uniquement mon point de vue personnel et n’a pas de valeur contractuelle. Les informations partagées ici sont données à titre indicatif et peuvent évoluer. »


 
 
 

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